Le locutorio, une espèce menacée

Le locutorio est la version hispanique du fameux taxi phone ou de ce qu’on connaissait jadis sous le nom de « cybercafé ». Si c’est un business encore fleurissant dans bien des contrées, il est plutôt en voie de disparition en Europe occidentale. La faute à Orange, Free, Vodaphone et les autres qui, au travers des connexions privées, rapides et relativement bon marché qu’ils proposent, ont décidé de chasser de nos vies les derniers petits endroits de convivialité et de mixité qu´il restait… Heureusement, il s’en trouve encore dans les villes de bonne taille. Ils sont bien cachés. On les trouve, le plus souvent, dans les quartiers à forte proportion d’immigrés.

El RavalQuelque part à Barcelone…

En plein Raval, coincé entre un couturier et un barbier, se trouve ce que j’appelle mon bureau. Un comptoir, 10 écrans numérotés, une imprimante / photocopieuse et trois téléphones fixes. Un business comme il en existe des dizaines dans le Raval, un quartier central qui constitue la « tête de pont » de l’immigration Indo-Pakistannaise et Nord-africaine de Barcelone. Ici, Lycamobile s’affiche en gros. Dans une ambiance verte et bleue, des feuilles A4 sont scotchées aux murs. Elles sont encore plus polyglottes que les tenanciers, 2 pakistanais qui alternent l’Espagnol et l’Anglais avec d’autres langues que j’imagine être leurs langues maternelles. Ils tiennent la baraque.

L´utilité d’un ordinateur

Internet, c’est bien et c’est partout. Parfois le besoin d’un vrai ordinateur se fait ressentir. Or, on ne voyage pas toujours équipé. Ce n’est pas sur l’écran 5 pouces de son smartphone qu’on va sortir un CV convenable. Pour cela, le locutorio est un allié.

Windows XP, Word 2003, tous les logiciels les plus modernes s’associent pour nous aider à éditer le meilleur CV. Sur un clavier DELL « old school » plein de miettes, on cherche le « M ». Sur le clavier español, il est remplacé géographiquement par le « Ñ », ce qui donne à votre curiculuñ un air d’exotisñe. On s’adapte, on bosse. On bosse d’ailleurs mieux ici que chez soi, à croire que le désordre inspire plus que l’ordre… Les clients défilent, on reste. On n’a pas fini, on revient le lendemain. C’est en le fréquentant quotidiennement qu’on découvre un lieu. Chercher un travail est, en soi, un travail à plein temps.

La routine

Comme au bureau, j’ai presque toujours le même ordinateur. Le numéro 4. Mon voisin du 3 est souvent un enfant de 4 ans. Son père arrive le matin, le pose sur la chaise, lui met le casque, puis lance sur Youtube une bonne playlist de cartoons. Il est sympa ce petit. Il rigole bruyamment. Parfois, il me tapote l’épaule pour partager avec moi un passage marquant. D’autre fois, il me propose de boire un peu dans son jus d’orange tetrapack. Son père repasse après 2 ou 3 heures et paye les 2 ou 3 euros au tenancier. Bon plan babysitting.

Il y a d’autres habitués et beaucoup de touristes ou de passants. Certains n’ont toujours pas compris qu’on pouvait prendre l’avion avec son boarding pass enregistré sur son téléphone. Ils arrivent, paniqués et déjà prêt à courir jusqu’au métro. Beaucoup viennent, comme moi, faire leur CV. Ils le modifient, l’impriment et s’en vont le distribuer. Parfois, quelqu’un demande au tenancier quelques conseils. Ce dernier endosse alors, s’il est de bonne humeur, son costume de scribe. Tel un écrivain public, il explique comment faire des mises en page basiques, ou insérer une photo…

L’or à l’appel

Dans la pièce d’à côté se trouvent les téléphones fixes. Les gens défilent. En polonais, Hindi, Français ou Arabe, c’est à celui qui criera le plus fort. Le ton monte! Plus les gens sont vieux et plus ils parlent fort. J’imagine que ça parle d’argent, souvent, de deuil, parfois, de bonnes nouvelles aussi. Il y a cet Italien qui vient tous les jours demander de l’argent à sa mère qui est en Italie: « Mama, Ayutate mi… Por favore Mama, ascoltaremi solo vinte euros… Mama, mama? Mama… » Tuuut tut tut… Triste… Il repousse chaque jour le paiement de sa note.

Le locutorio, futur en pointillé

Haut lieu de tolérance et de mixité, ce locutorio a plus d’âme que tous les Starbuck’s café. A celui qui veut comprendre un peu le monde, je conseille d’y aller. Je n’ai pas hâte de voir ce quartier gentrifié et mon locutorio remplacé. L’écosystème dans lequel s’épanouit le locutorio a évolué, ce qui fait de lui, du barbier, du couturier, du cordonnier, des espèces en danger. Il reste très peu d’endroits en Europe où ces espèces peuvent survivre.

Protégeons les ! Envoyez vos dons ! 😉

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Barcelone: l’été de tous les records

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Les anges à Barcelone

Lionel Messi et Neymar, les stars du FC Barcelone se sont teints en blondes. Le 15 Août, un homme prétend être monté au troisième étage de la tour Eiffel sans faire la queue. Deux informations qui paraissent totalement déconnectées. Pourtant!

A Barcelone, le tourisme fait des ravages. La saison estivale 2016 a été historique. La meilleure, après celle déjà historique de 2015. Les chiffres parlent d’eux même: 30 millions de visiteurs, dont 14 Millions qui passent au moins une nuit dans la ville, jusqu’à 7 bateaux de croisière par jour, des dizaines d’avions qui déversent leurs flots de visages pâles dans la capitale du bronzage. Le secteur représente à lui seul 15% du PIB de la ville. De mémoire de Catalan, on n’avait jamais vu autant de monde dans les rues. En Août, le centre historique et ses venelles étroites a été pris d’assaut par les touristes. Cela à engendré parfois une impression de congestion aussi désagréable pour les touristes, que pour les habitants de la ville. Le mois de Septembre a été aussi très chargé, puisque les hôteliers prévoyaient déjà au début du mois  au moins 88% d’occupation.

Et Charles Aznavour de chanter: ils sont venus, ils sont tous là, Germains, Français et Hollandais, elle est surchargée Baaaaarcelone… ‘Y a même des Slaves, des scandinaves; des Italiens, des Galiciens; des Polonais, des Portugais…

Voyant tant de visages nouveaux et de cheveux blonds à son retour de vacances, Lionel Messi aurait pensé que c’était une nouvelle mode d’être blond comme un Suedois et barbu comme un Anglais. Il s’est donc mis à la page, très vite imité par son compère de l’attaque Neymar.

Barcelone: une valeur refuge

La bonne saison de l’Espagne est évidemment à mettre à l’actif d’un contexte international très favorable. Crise économique en Grèce, spectre du terrorismes au Maghreb, en Egypte ou en France et autres instabilités politiques (Turquie) ont eu raison de la motivation de certains touristes. L’Espagne est devenue (avec la Croatie) la destination sans risque du pourtour méditerranéen.

Quid de la France

La France et sa capitale ont été moins visités qu’en 2015. 54 % des professionnels franciliens du tourisme qualifient de « mauvaise » l’activité au mois d’août. Terrorisme, pessimisme, sécuritarisme ne rime pas avec tourisme. Pour certains, une venue en France rimerait plus avec «to Risk». Bilan négatif donc, malgré l’Euro et les hordes de visiteurs qu’il a drainé. Jean-Philippe, 48 ans, aurait même prétendu être monté au sommet de la tour Eiffel sans faire la queue. Un exploit jamais vu à cette période de l’année qui ne semble pourtant pas étonner outre mesure l’intéressé. Il aurait déclaré «j’ai acheté mon ticket, puis j’ai suivi la procédure normale. J’ai marché sur le chemin marqué par les balises. Il n’y a avait personne devant moi. J’ai même pas attendu pour utiliser l’ascenseur.». Il en va de même pour le Louvre, où Thomas ravi d’avoir acheté sur Internet le billet «coupe file» a demandé a être remboursé en voyant qu’il n’y avait pas la queue à l’entrée du fameux musée parisien.

Blague à part, comme en foot, Paris a souffert face à une équipe de Barcelone séduisante. A la différence du foot, en tourisme Paris reste au top et, s’il y avait une champion’s league dans le domaine, Paris aurait un palmarès bien plus conséquent qu’en foot.

Tout est une question de marketing.

Foot ou société : qui a le droit au succès?

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La plus prestigieuse compétition du football de club européen, la ligue des champions, a commencé mardi. Ce sera l’avant dernière édition de la compétition avec cette formule. Dès 2018, une nouvelle formule sera mise en place. Elle fera encore davantage la part belle aux grosses écuries. « Ce n’est pas une révolution, juste une simple évolution » se défend l’UEFA, devant les plaintes des « petits clubs » voyant leurs rêves d’y participer s’éloigner encore un peu plus.

La nouvelle formule a été dévoilée le 24 Août. Quelques jours après, le 31 août, paraissait une étude sur le blog de l’économiste Thomas Piketty titrée « le gouvernement souhaite-t-il vraiment la mixité sociale?« . Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien entre ces deux nouvelles et de me poser une question peut-être naïve dans le monde du risque zéro : en foot comme dans la société, souhaite-t-on encore offrir à tous des chances de succès sinon égales, au moins équitables ?

L’importance, c’est de palper… euh, de participer ! disait l’autre

« À partir de 2018 les clubs modestes auront autant de chances d’y participer qu’un vendeur de rose en survet’ a de chances de rentrer au Baron… » John, videur de la célèbre boîte parisienne.

Pour les non-initiés, soyons simples et pédagogues. La réforme de la ligue des champions n’a aucune conséquence sur le format de la compétition. Seul l’accès à la compétition évolue. Il est rendu plus direct pour les ressortissants des quatre plus gros championnats (dans l’ordre ceux d’Espagne, d’Angleterre, d’Allemagne et d’Italie). Pour les championnats moyens, ça ne change pas grand chose. En revanche l’accès déjà compliqué à la compétition en général

se complique encore davantage pour les ressortissants des petites ligues. Cette année, sur les 32 équipes qui constituent le plateau, 22 étaient qualifiées directement et 10 l’étaient après des matchs de barrage. À partir de 2018, sur les 32 équipes, seules 6 le seront au travers des barrages.

L’objectif annoncé est de multiplier les affiches, de générer plus de revenus sous forme de droits télé et surtout de partager un gâteau, certes plus gros, avec moins d’invités. On fige les positions ! Les revenus seront plus sûrs et plus lisibles pour les cadors. L’institution « ligue des champions » se sentait par ailleurs menacée de déclassement au vue des revenus générés par les championnats nationaux (la première league surtout). Elle sentait aussi venir le spectre de la concurrence d’une ligue fermée, type NBA, qui rapporterait aux clubs y participant revenus fixes, sécurisés, et visibilité mondiale.

De moins en moins de mixité…

Il y a un lien entre l’étude de Thomas Piketty et la célèbre compétition de football. L’économiste met en avant, cartes et documents à l’appui, le fait qu’il y a de moins en moins de mixité sociale dans les établissements scolaires parisiens (il s’agit des collèges dans ce cas). L’étude se borne au cas de Paris. On peut néanmoins penser, constater, que le phénomène est plus global. Il y a 16% d´élèves défavorisés à Paris. Néanmoins, leur répartition dans les établissements est très inégale. Les établissements privés sont surreprésentés parmi ceux qui accueillent le moins d’élèves défavorisés.

« On observe un niveau absolument extrême de ségrégation sociale. Dans les collèges socialement les plus huppés, il n’existe quasiment aucun élève défavorisé (moins de 1 %). A l’autre extrême, certains collèges comptent plus de 60 % d’élèves défavorisés. Il est à noter que l’on obtiendrait des résultats tout aussi extrêmes si l’on complétait l’analyse avec autres indicateurs permettant de définir les élèves défavorisés, comme le revenu parental ou la nationalité d’origine des parents. »

La mixité régresse au profit d’un entresoi social qui, tout le monde pourra le comprendre, n’est pas forcément compatible avec le projet d’égalité des chances ; un projet figurant, plus que dans notre constitution, dans notre devise. Seulement, notre devise comporte aussi le mot liberté : la liberté de scolariser son enfant où on le souhaite, en jouant avec les règles s´il le faut. La liberté aussi pour les collèges privés de choisir leurs futurs élèves.

Comme en foot, la diminution de la mixité sociale fige les positions.

Les réactions sont mitigées. Doit-on laisser faire, s’en foutre, ou doit-on intervenir ? Dans des contextes peu ou pas régulés, la liberté nuit très vite à l’égalité. Pour certains, il serait insupportable de toucher à la sacro sainte liberté, une valeur bien supérieure à l’égalité. D’autres ne comprennent pas qu’au travers de processus pourtant démocratiques, les 95% des gens « normaux » passent leur temps à rendre les choses plus simples pour les 5% les plus riches, en espérant un jour en faire parti. Ils ne se rendent pas compte que, ce faisant, ils diminuent d´autant leur chance d’y parvenir.

Des processus d’accumulation généralisés à tous les domaines

Pourtant dans le monde du 21eme siècle, rien ne semble aussi développé que la pléonnexie de certains. Le monde du sport est affecté par la montée en puissance de quelques groupes qui accumulent les richesses et font tout pour qu’elles augmentent. Les ex-start-up sont devenues des mastodontes qui rachètent tout ce qui menace de leur faire de l’ombre. Elles fusionnent, grossissent, jusqu’à se retrouver en situation de monopôle.

En foot, comme en économie, nous ne sommes plus à l’air du romantisme. Nous sommes passés à l’air de la sécurité. Tout paraît figé. Au fond, qui veut voir un Steaua Bucarest – Dynamo Zagreb? Qui se préoccupe de la disparition de nos écrans de ces « petits clubs »? Les gens de Bucarest, de Zagreb, de Glasgow ou de Varsovie ? De toute façon ils sont nuls. Mais comment pourraient-ils s’améliorer s’il ne sont plus confrontés au haut niveau, si, faute de moyens, leurs meilleurs joueurs fuient vers des clubs plus prestigieux ? Comment un enfant peut se développer s’il n’est pas confronté à l’altérité ?

C’est comme ça que la vie devient chiante, prévisible et sans surprise. Bientôt, plus personne ne se souviendra qu’il fût un temps, la finale de la coupe c’était Monaco – Porto, nos moteurs de recherche s’appelaient Lycos, Caramail ou Voilà, on n’achetait pas nos vêtement chez H&M, encore moins à Zalando (tant que ça n’appartient pas à Amazone). Il fût un temps où la France comptait 200 000 bistrots et on pouvait même fumer à l’intérieur, il y avait des boucheries et même des quincailleries. Ce n’était pas mieux avant, mais c’était différent.

Un jour nous dirons, il fût un temps où nous n’étions pas des robots. Je mélange tout, j’arrête…

 

 

 

Guardar

Questions identitaires

Nous sommes tous déracinés. Nous sommes enracinés à la « déracination »

Yohan Diniz, vainqueur aux deux drapeaux

Yohan Diniz

Le sport aide à comprendre la société. Au delà des matchs chiants, du manque de suspens dont il peut souffrir, le sport offre une grille de lecture. Il permet à celui qui reste dans son canap’ d’être confronté à certaines réalités avant les autres. Pourvu qu’il soit attentif, ces réalités arrivent brutes et ne sont pas déformées par un chef de casting ou un rédacteur en chef. Il faut suivre le sport et ses « à côtés » comme on suivrait une série. On peut se contenter de suivre le scénario. On peut aussi chercher à lire entre les lignes. Le sport, c’est comme « le petit prince » : tout le monde peut y trouver son compte.

Citoyens du mondes…

Il y a peu, j’étais tombé sur une vidéo du gardien franco-portugais de Lyon, Anthony Lopez. Lors du match amical de pré-saison Lyon / Benfica Lisbonne, il s’est retrouvé à entonner spontanément l’hymne portugais, puis la Marseillaise. Intéressant et révélateur. Celà m’a rappelé d’autres cas qui liaient sport et problématiques identitaires.

Il y avait eu, il y a quelques années, le cas d’Adnan Januzaj, jeune joueur talentueux, titulaire à Manchester United à 18 ans. Beaucoup de sélections nationales s’étaient alors ruées sur la pépite, afin qu’il joue sous leur bannière. Adnan est né en Belgique, de parents Albanais originaires du Kosovo. Il est arrivé à 15 ans en Angleterre, et compte tenu de ses origines plus lointaines, il était aussi potentiellement sélectionnable avec la Turquie et la Croatie. Au final, le jeune homme avait donc le choix entre pas moins de 7 sélections différentes.

On a vu aussi les frères Boateng, tous deux germano-ghanéens s’affronter lors de la Coupe du monde 2010, l’un ayant choisi de défendre les couleurs du Ghana, le pays du père, tandis que l’autre opta pour le pays où il a grandi.

Bien que n’étant pas positionnée sur Januzaj, la France n’est pas en reste. Les exemples s’accumulent, de joueurs bi-, voire tri- nationaux qui ont hésité ou hésitent encore sur les couleurs à défendre (Fekir, Imbula, Boufal…). Que ce soit Mary Pierce, Eunice Barber, Nicolas Karabatic, Robert Pires, ou Yohan Diniz, pour ceux qui me viennent en tête sans trop chercher, tous sont Français, mais pas que. On peut ajouter Antoine Griezmann, qui vit en Espagne depuis qu’il a 12 ans et qui fête ses buts sous le maillot bleu d’un « Vamos » qu’il crie à la face de tous les nationalistes.

… obligés de concourir sous une bannière

Le sport et les succès qu’il permet rend visible ces profils. Il met en avant une chose : les identités sont du plus en plus complexes. Ces faits confirment que la France est de plus en plus multiculturelle, diverse, peuplée de personnes aux identités mêlées. Un été passé à Berlin au milieu d’amis Français en couple avec des Allemandes, des Polonaises, des Hongroises, des Danoises et on se rend compte que c´est un phénomène d’ampleur européenne.

L’Europe se mixe, les cultures se diluent. On peut le déplorer, ou s’en féliciter. C’est un fait, ce n’est pas une opinion. Qui se plaindra qu’il y a des nuages au ciel ou de la terre sous nos pieds? Ils sont là. La complexification des identités est une lame de fond qu’il serait difficile et dangereux de vouloir stopper.

Dès lors, quid de l’identité nationale ? J’aime dire, pour ce qui est de mes choix quotidiens bénins, que choisir c’est renoncer. Mais dans ce cas, pourquoi vouloir renoncer à ce qui constitue une richesse. D’ailleurs, comment renoncer à quelque chose qui fait partie intégrante de nos êtres. Nous sommes tous des individus complexes, moitié colombe sombre, moitié corbeau décolorisé (dixit Medine) et si vous ne pensez pas l´être, nul doute que vos enfants le seront. C’est aux institutions de s’adapter. Je me demande souvent sous quelle banière concourait un enfant qui serait né en Espagne de mon union avec une Allemande. Pourtant, cela pourrait bien arriver.

Vers un Euro à 32… régions?

L´Euro à 24, tellement critiqué pour les aberrations qu´il a générées, devrait pour plus de cohérence revenir à 16 équipes ou passer à 32. La logique mercantile de l’UEFA devrait favoriser un passage à 32 équipes, pour la conquête de plus de marchés. Problème: seulement une cinquantaine de pays sont affiliés à l’organisation. Il n’y aurait donc quasiment plus d’eliminatoires.

En Juin dernier, j´était dans la fan zone, sur le Champ de Mars. Je parlais avec un Irlandais du nord en regardant un Eire-Belgique. Je lui ai demandé si, vus les conflits qui ont opposé son petit pays à l’Eire, il supportait la Belgique. Il m’a répondu qu’il supporterait toujours les équipes des îles britanniques face aux continentaux. Il a ajouté avec un sourire narquois que, finalement, lui avait 4 équipes à l’Euro. Le salaud!

Eu égard aux questions identitaires dont nous parlions précédemment, j’ai pensé qu’il était temps pour un Euro des villes et des régions! Nul besoin d´être Français pour se sentir Parisien, ou Allemand pour se sentir Berlinois. Lionel Messi jouerait pour la Catalogne, Ribéry pour la Bavière, la Scanie serait emmenée par Zlatan et gagnerait en finale contre la Provence Alpes Côte d´Azur emmenée par un Samir Nasri de gala. L´Euro se disputerait à 32 régions et les joueurs choisirait avec leur cœur la région pour laquelle ils voudraient jouer… Utopique, certes, mais le jour où on en sera là, on ne sera pas loin de l’Europe des régions comme entité fédérale. Alors, on se rappellera de la dichotomie sport / société.

Article Sofoot sur les régions footballistiques : http://www.sofoot.com/nos-regions-ont-du-talent-provence-alpes-cote-d-azur-223086.html

PS

Les éléments et expériences culturelles qui influencent un être humain au cours de son développement influenceront positivement sa créativité. Cela aboutira à de nouvelles connections et combinaisons culturelles. Pour cela, il faut veiller à ce que les cultures restent distinctent les une des autres et que la mondialisation n´ai pas pour consequence la création d’une seule et unique culture globale.

Suis-je un déraciné?

 

A votre service !

Je suis serveur, mais je nourris une passion indéfectible pour le football. Témoignage ironique de celui qui vit sa vie de footballeur par procuration.

Tout a commencé en 2012. Français fraîchement débarqué à Berlin, libre de tout contrat, pourtant jeune et ambitieux, je cherchais un club (une entreprise dans laquelle m’implanter durablement). Après quelques essais plus ou moins fructueux, c’est naturellement que je me suis tourné vers un club de gastronomie française: le FC La Cocotte. N’ayant pas fait de centre de formation, j’ai commencé au bas de l’échelle. Je m’occupais du vestiaire. En bon intendant, je lavais les maillots (la plonge), j’épluchais les oranges… A la suite d’une cascade de blessures et autres forfaits, je me suis retrouvé sur le terrain (en salle). D’abord remplaçant, mes honorables performances m’ont vite propulsé titulaire, à envoyer les assiette comme Lacazette enfilait les pions.
Après deux saisons pleines au FC La Cocotte, j’avais besoin de changer d’air, de découvrir un nouveau championnat. L’Allemagne est un championnat intéressant et relativement rémunérateur, malgré l’absence, pendant longtemps, d’un salaire minimum. Aujourd’hui, les meilleurs spécialistes parviennent à vivre décemment grâce à des primes de match très avantageuses et institutionnalisées (les pourboires). Encore faut-il que ces primes soit équitablement distribuées.

A la suite d’un transfert opportun, je me suis retrouvé dans la très réputée Liga Suisse. Le joueur français y jouit d’une réputation très correcte, à condition qu’il maîtrise un minimum la langue de Schweinsteiger. Lorsque j’ai postulé pour un poste en novembre 2014, 3 clubs se sont montré intéressés par mon profil franco-allemand: l’alliance de la technicité française et du pragmatisme allemand, cette capacité à suivre les consignes, tout en mettant un grain de folie dans le match quand c’est nécessaire.
A la suite de contacts téléphoniques brefs mais sincères avec le coach de l’olympique Waldhus Bodmen (situé à Saas Fee, canton Valais), j’ai très vite compris que le club me voulait vraiment. Ils s’étaient déjà renseignés sur mon profil auprès de mon club précédant. Au vue des conditions contractuelles, je n’ai pu refuser. J’y serais allé à pied s’il avait fallu, comme dirait certains collègues. J’ai signé d’abord pour une saison, puis, par le jeux des prolongations, me voici pour la troisième saison buteur au pied des pistes de ski.

Au début de ma carrière ici, l’intensité était dure à suivre. On ne passe pas comme ça de la Bundesliga à l’excellente Liga Suisse. Ici, les salaires sont élevés, ce qui a pour conséquence d’attirer les meilleurs spécialistes de toutes l’Europe. Allemands, Français, mais aussi Tchèques, Autrichiens, Portugais, Serbes sont présents en nombre. La concurrence est acerbe et les places de titulaires sont chères. Une fois qu’on est dans l’effectif, qu’on a la confiance de l’entraîneur, on participe à des rencontres de très haut niveau. C’est un peu la champions league tous les jours. Les matchs sont longs, les prolongations fréquentes. Les supporters (les clients) sont réputés pour être plutôt exigeants.

La saison ne dure que trois mois, mais elle est d’une grande intensité! Les rencontres sont quasi quotidiennes. Le contexte est très professionnel, les infrastructures d’une grande qualité. Dans mon équipe, les joueurs sont très bien traités: nos affaires sont lavés, ceux qui le veulent sont logés, nourris. Lorsque j’arrive au vestiaire, tout est prêt. Je n’ai plus qu’à penser au terrain et régaler les supporters. Il faut gagner en 6 mois de quoi vivre un an, et lorsqu’on fait un bon match, les primes peuvent être très élevées.

La passion, la passion…

Si on est dans une bonne équipe, cela peut-être très intéressant. Quel pied de faire un bon match, dans un stade (restaurant) plein, de se sortir ensemble de situations stressantes grâce à notre organisation tactique et à notre travail. Notre club est international: une Tchèque, une Allemande, une Suisse, une Ukrainienne et moi sommes sur le terrain. Nous sommes assistés sur le banc (en cuisine) d’un coach Suisse, un préparateur physique serbe, un tacticien croate, un assistant roumain et une kiné portugaise. Le public vient lui aussi du monde entier. En Suisse, les places pour voir un match dans un bon stade sont chères : eux à trois fois le prix d’un match correct en France ou en Allemagne. Pourtant les spectateurs sont nombreux. Ils viennent massivement de toutes l’Europe: Allemagne, Hollande, Russie, Italie. Parfois même d’Inde ou du Qatar. C’est le monde qui triomphe à chaque rencontre. Dans ce contexte hypermondialisé, on démontre tous les jours que l’on peut faire de grandes choses ensemble, peu importe d’où l’on vient.

Des carrières courtes

Comme aurait pu le dire n’importe quel footballeur jetant un regard lucide sur son métier: « Les carrières sont courtes. Le bon joueur moderne doit séduire, doit être poli et élégant, en pleine forme mentale et physique. Si tu fais la saison de trop ça se voit. Tu as une caravane, les supporters te huent. Ils ne reviennent pas. Jusqu’à 35 ans, si le corps suit et si on a une bonne hygiène de vie, ça va, mais il faut penser à la reconversion. Certains restent dans le milieu, reprennent un club. D’autres changent complètement de voie. »

Malgré tout, les joueurs sont souvent jugés comme des gens assez simples et il leur est difficile de rebondir, même après d’honorables carrières. Manifestement, beaucoup mésestiment l’exigence du métier, alors que, lorsqu’il est pratiqué à haut niveau, il demande la gestion simultanée de nombreux paramètres. En terme d’exigence organisationnelle, cela n’a rien à envier à bien des métiers dits «qualifiés». Je ne parle pas ici du petit joueur qui se contente de passes latérales sans imagination et sans sourire. Celui-ci a choisi de jouer tel un milieu défensif quelconque, dispensable ou aisément remplaçable, un latéral de ligue 1, un Sylvain Armand, ou un Jeremy Morel. Je parle plutôt du bon professionnel, du numéro dix, l’organisateur, celui qui régale les spectateurs. Il a, en plus de la bonne organisation du jeu, un souci pour l’esthétique, le style, l’esprit, le dépassement de soi et de sa fonction. Le Maradona du service, le Zidane de l’assiette… Il maîtrise le stress de se produire quotidiennement devant une foule, qui attend chaque jour une performance à la hauteur du prix de la place. Telle la mer, qui porte les plus lourds bateaux sans forcer, il lui semble naturel de bien jouer. D’ailleurs, même quand il joue mal, il joue mieux que les autres.

Le joueur retrouve difficilement ce qui fait le piment de son sport dans les autres métiers. C’est peut-être ça, vieillir, perdre la tension des jours de match, lorsqu’un gros événement approche. Sentir qu’on n’aura plus le coup de rein pour faire basculer le destin d’une rencontre.

Voilà ce qui m’amène à aimer ce dur métier de serveur, tant que je suis assez jeune pour le pratiquer.

Etre sympa, ce n’est pas si compliqué.

Chère Suisse…

Metro_Alpin

Le metro le plus haut du monde… Sûrement le plus cher aussi.

Oui, un article qui parle de la Suisse peut commencer comme ça. La Suisse est un pays cher. Tout le monde le sait. D’ailleurs après le fromage ou les couteaux (et encore…), le concept le plus souvent associé à ce pays est l’argent… L’évasion fiscale, le secret bancaire…

Alors qu’en Suisse, il y a surtout la montagne, le ski, les stations. Bref, le tourisme.

Lorsqu’on vit en station, on vit souvent dans une des parties les plus chères du pays. C’est un peu comme si on était l’aveugle au pays des borgnes.

Saas Fee

Saas Fee est un village magnifique, un paradis, niché aux confins d’un canton nommé Valais. Pour y accéder, à moins de faire 500 kilomètres à pieds (ou d’avoir une voiture, ce qui n’est pas mon cas), on prend le train, puis le bus. On s’est levé à 4 heures du mat’ pour être le plus tôt possible à gare de Lyon afin d’avoir le premier Paris-Genève. Celui qui coûte 40€ au lieu de 55€… Seulement, Genève n’est pas Saas-Fee. Arrivé à la gare de Genève Cornavin, alors qu’on pense avoir effectué le plus gros du trajet, il reste encore 2 heures de train et 40 minutes de bus… Priorité: acheter un billet.

« – Bonjour Madame, c’est pour aller à Saas-Fee.

– Saas Fee, Saaaas Feee (elle cherche dans son ordinateur)… Vous avez la carte demi Tarif?

– La carte demi tarif? Non… J’habite pas ici.

– Dans ce cas, Saas Fee, ça fait septente neuf francs octente (environ 70€).

– Attendez vous n’avez pas compris je crois. Je voudrais voyager en seconde classe.

– Oui, c’est bien ça, septente neuf octente SVP… »

Bien sûr, sur place, après d’autres étonnements et incompréhensions de ce type, on commence à travailler. En tant que serveur, donc que smicard, on gagne autant qu’un ingénieur en France… Du coup, on est moins choqué par la chèreté de la vie. C’est juste une autre dimension. Il ne faut pas se fier aux taux. Ici c’est simple, on dépense 50 francs comme on en dépenserait 20 en France. Un café ? 4 francs 20. Un kebab? 10 francs. Une Pizza? 20 francs… Une excursion de 3 heures en montagne avec un guide peut atteindre la somme de 200 Francs. On s’y fait.

Du coup, lorsqu’on retourne en France ou en Allemagne, on tient des raisonemments peu compréhensibles de la part de nos compatriotes.

On dit « salut » et « adieu » à tout le monde (c’est ainsi en Suisse). Plus de Bonjour, ni de Auf wiedersehen. De plus, inconsciemment, on a intégré le retour du franc. Fini l’Euro. Sortant de notre bouche, chaque somme est libellée en Francs…

 « – 1 Frc 80 le ticket de métro?! C’est vraiment pas cher Paris! « 

« C’est vraiment pas cher Paris »: une phrase qu’on n’aurait jamais pensé dire un jour, tant elle apparait comme un manque de respect pour les efforts que fait cette capitale pour être toujours plus chère…

De retour de vacances en France, je parlais à mon collègue Suisse, chef d’un restaurant comme tous les Suisses dans le village :

 » – T’étais où en vacances? lui demandais-je.

– En Turquie! Tu te rends compte 249 francs la semaine en All-Inclusiv… Et le pire, c’est que la bouffe était bonne… On va crever Pedro… On est trop cher!

– Mais t’as pris l’avion où?

– A Bâle! M’en parle pas, d’ici à l’aéroport, 180 balles l’aller/retour!

– Mais t’as ramené ton chien dans le All-Inclusiv?

– Rambo? Ben non, j’ai du le laisser au chenil ici. Ca m’a coûté 400 francs la semaine…  »

 

 

 

 

Un bout de France à vélo

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Chacun sa route, chacun son vélo… J’ai effectué mon premier voyage à vélo en solitaire. Du Mesnil-Saint-Denis, dans les Yvelines, à Limoges. Presque 390 kilomètres pour aller voir papi…

Par-delà les Yvelines, la Beauce alnéloise, ses champs de colza et ses villages presque abandonnés j’ai sillonné.

Par-delà la Loire, ses châteaux, son dynamisme apparent, sa (ses?) centrale nucléaire, ses pistes cyclables indiquées et entretenues, j’ai pédalé.

Le château de Chambord, les forêts alentours, l’Indre, les bocages, les vaches et les autres élevages j’ai dépassé…

J’ai franchi la bien nommée Creuse, cours d’eau verdoyant autour duquel meurent lentement, mais sûrement quelques anciennes villes devenues villages, dont seul le coeur bat encore un peu mais irrigue à peine les faubourgs. Ils forment désormais une couronne morte, chapelet de bâtiments abandonnés, gris, vides et délabrés. On se demande si l’activité s’y est éteinte il y 5 ans ou 25 ans tant la poussière et la saleté ont recouvert les murs…

Puis enfin vient le Limousin. On arrive exsangue dans ce paysage vert et vallonné. Des vaches, quelques bottes de foin, et ce panneau qui annonce, comme pour narguer le cycliste déjà fatigué par deux journées de pédalage intenses,  « Bienvenue dans le haut Limousin « … L’espoir d’une arrivée rapide et sans souffrance s’amenuise. Les collines de 500 mètres de haut s’enchaînent les unes après les autres…

La monture paraît alors bien lourde. On regrette presque d’avoir eu l’idée de venir voir papi à vélo. Le mental commence à jouer des tours. Entre paranoïa et schizophrénie, on se demande si le vélo n’a pas un problème. Un frein trop serré? Un roulement mal graissé? C’est quoi ce tic-tic à chaque tour de roue? Est-ce que ça se passe vraiment ou est-ce uniquement dans ma tête?

Tous les prétextes sont alors bons pour s’arrêter. Un joli ruisseau. Les bars de villages.qui exhibent des terrasses vides. Mais il faut avancer, on a promis à papi d’être là pour manger…

Enfin la descente. On bénit les fondateurs de la ville de Limoges de l’avoir placée dans une cuvette.

On pleure presque. La gorge est serrée, le muscle aussi. On arrive. A force de dériver, on s’échoue bien quelque part… On a envie de lever les bras, comme si on avait gagné le Tour de France. On voudrait taper dans des mains, enlacer quelqu’un, un maillot jaune, un baiser, un bouquet…

Mais les autres, dans leur routine, s’en battent l’échine. Tu n’auras qu’une bise et pas de baiser, on te dira même que tu es en retard pour manger. La télé va s’allumer, les infos de TF1… On pense qu’on mériterait d’être dans le journal,, dans le journal de Claire Chazal, parce qu’on est vraiment phénoménal… Mais finalement, tout ça devait être bien banal.

Alors, dans cet ennui confortable, on pense que, finalement, on n’était pas si mal sur la route…

 

 

 

 

Bus de nuit à Paris, la voiture-balai de votre soirée

Chaque fois que je suis dedans, je me demande comment j’ai fait pour me faire piéger une fois de plus…

Pour les connaisseurs, le bus de nuit est une sorte d’anti-madeleine de Proust qui vous fait dire que ça a des bons côtés de vieillir…

Comment s’y retrouve-t-on ?

La soirée bat son plein. Aux alentours de 23 h, on rigole, on picole! Mais vers 2 heures du mat’, tout le monde (les Parisiens, les vrais) se barre… Il est temps de songer à regagner vos pénates. Vous, banlieusard, vous êtes un peu pris au dépourvu. Si vous aviez su, vous auriez pris le dernier train… Celui de 00 h 35. Mais, comme d’habitude, pris dans la fête, vous n’avez pas anticipé.

Deux heures du matin. Ça y ‘est, tout le monde est parti. Vous sortez de chez votre pote, seul, livré à vous même. Il vous reste deux choix : attendre la premier train à 5 h 20 ou prendre le bus qui met deux heures à vous ramener à la gare située à 20 minutes à pied de chez vous… Autant choisir entre se faire raser un sourcil et manger la vieille pizza qui traîne dans la vitrine du Grec depuis plusieurs jours…

Après quelques minutes d’hésitation, le deuxième choix sonne comme une évidence. Ce sera non pas la pizza, mais bel et bien le bus de nuit pour ce soir.

On marche frénétiquement jusqu’à l’arrêt. C’est un bus qui passe aléatoirement entre 10 minutes avant l’heure indiquée et 20 minutes après. Il faut être là-bas en avance. Si on le rate, on gagne 1 heure de colle, c’est-à-dire une heure de plus à attendre le prochain… Déjà, pour les non-initiés, trouver l’arrêt peut s’avérer être une chasse au trésor. Mais, une fois dans les alentours, on le repère facilement au nombre de « cadavres » gisants sur le trottoir. Nombreux sont ceux qui font une sieste… ou un coma en attendant l’arrivée de la voiture-balai.

Le bus arrive. Il est plein à craquer. Tout le monde se rue vers la porte avant. Il faut être stratégique pour dégotter une place… A l’intérieur, à peine arrivé à la moitié du véhicule, ça pue déjà le vomi. Bon, on continue à avancer en espérant dépasser l’odeur. Là, d’autres passagers nous disent gentiment : « Si j’étais toi, j’irai pas plus loin : y ‘a quelqu’un qui a vomi au fond du bus ». Ok, merci, ça venait donc du fond… On revient vers l’avant, on voit une place libre, on s’assoie, satisfait… On se dit qu’il n’y a plus qu’à prendre son mal en patience. Sauf que l’odeur devient de plus en plus persistante. On regarde par terre, on se rend compte qu’on a les pieds dans le vomi du gars d’à côté qui pionce salement… Bordel! On se lève en sursaut. C’est une cellule de dégrisement ici.

Le chauffeur signale gentiment, mais fermement que tout le monde doit être assis… Un gentil groupe de jeune vous propose un strapontin. On se croit sauvé, mais souvent on tombe sur des mecs qui sont très loin… Complètement bourrés, ils vous posent un tas de questions cons : « T’es en quelle terminale ? Tu connais Thibaut Dupuis ? C’est l’ex de Margot , tu joues en équipe 1 ou en équipe 2 »… Gentiment, on rentre dans son jeu, flatté d’être rajeuni de la sorte…

Malgré la relative douceur automnale, toutes les fenêtres sont ouvertes et les chauffages sont à fond. On sue dans notre manteau. On a hâte de sortir. Le bus se vide, se reremplit. Comme vous, plusieurs personnes s’essaient à La place vide du bus , tiennent 10 secondes, puis se lèvent. Au bout d’un moment, le chauffeur se décide à agir. Peut-être que l’odeur du vomi a enfin atteint son nez … Peut-être qu’il se dit que si personne ne nettoie ce vomi, c’est lui qui devra s’en charger au dépôt… Il se lève et va voir l’ivrogne qui dort. S’en suit un dialogue magnifique…

«- C’est toi qui a vomi ?

 – Non

 – Pourquoi t’as du vomi sur ton manteau alors ?

 – Je sais pas, laisse-moi tranquille, c’est pas moi !

 – Tu veux dire que quelqu’un t’as vomi dessus, est parti et toi t’as continué à dormir ?

 – J’en sais rien

 – Bon tu vas nettoyer, comme un grand garçon

 – T’es malade! Je ne nettoie rien ! »

Devant le refus du passager, le chauffeur décide qu’il ne redémarrera pas avant que le vomi soit nettoyé… Tout le bus décide alors de s’en prendre au pauvre malade. Devant la vindicte populaire, les insultes et les menaces, il quitte le bus plutôt que de nettoyer les dégâts. Un courageux se lève, fatigué d’attendre, il prend le sable, le balaie et nettoie rapidement…

 Le bus redémarre, puis se vide. Je suis tout seul dans le bus depuis un moment quand il arrive à ma gare. Il est 4 h 5, dans vingt minutes je suis au lit…

 

 

Dans la coulisse des cuisines berlinoises: les Chargés de plongée

Une plongée (c’est le cas de le dire) dans le quart monde berlinois.

Dans la gastronomie depuis un an, j’ai démarré ma carrière au poste de plongeur. Ou plutôt chargé de plongé! 5 ans d’études, un master en poche, mes profs m’avaient bien dit qu’avec un tel diplôme je pourrait facilement postuler à des postes de chargé de plongée… AAaah de PROJETS!! Je n’avais pas compris…

On oublie souvent, quand on va au restaurant, que quelqu’un va laver notre assiette. Et pourtant…

Je n’ai fait ce travail que pendant un mois, je n’ai donc pas atteint le niveau tant admiré de « Master scuba diver ». Je suis néanmoins maintenant serveur, donc je continue à côtoyer des chargés de plongée, et parfois même, à progresser à leur côtés! Certains ont atteint des niveaux extrêmement hauts. Certains stagnent à des niveaux extrêmement bas, c’est ceux là qui me font finalement le plus progresser puisque je les aide en fin de service.

Le bon / le mauvais plongeur:

Bien sûr il y a des plongeurs rapides et plongeurs lents, ceux qui lavent plus blanc que blanc et ceux qui laissent des traces. Mais pour un patron, un bon plongeur est avant tout quelqu’un qui veut bien laver des assiettes pour… 5 euros de l’heure (souvent sans contrat et non déclaré). Un bon plongeur c’est quelqu’un qui ne part pas avant que la plonge ne soit finie. Croyez moi, lorsque les couverts s’amoncellent, que la pile d’assiette grandit et forme une tour de Pise branlante, que la cuisine se vide car les cuisiniers rentrent chez eux (ils ont fini eux) et qu’il reste encore 3 heures de travail pour finir, il faut être solide psychologiquement pour accomplir sa tache jusqu’au bout. L’option « sortir par la porte de derrière » est séduisante. Renoncer à ce sacerdoce absurde (puisque chaque couvert sera inexorablement resali) est plus que tentant. Néanmoins, on s’accroche, on pense à la paye, on essaye de déconnecter notre cerveau. On se rappelle des mots de notre patron quand il nous a embauché : « c’est pas un mêtier facile, mais avec de l’habitude et une bonne organisation, tu le feras mécaniquement et tu pourras libérer ton esprit ». Mais le mal de dos nous rattrape… Dur de libérer son esprit quand on a mal aux lombaires.

Plongeur = fin mélomane

Heureusement, il y a le réconfort de la musique. Cette douce mélodie accompagne chaque geste du Spuler (plongeur en Allemand). Une fois les cuisiniers partis, il est possible de choisir sa propre radio. Maigre privilège quand il reste 20 marmites à gratter, mais c’est mieux que rien. (ce réconfort n’est pas valable si le voisin du dessus, misanthrope, ne tolère aucun bruit après minuit… Problème des zones denses urbaines…)

Le dessous des cartes

Mais qui sont ces hommes et même parfois ces femmes qui bravent la pression, le sale, le froid, l’humidité et se lancent dans de telles carrières!

Lorsque je suis arrivé à Berlin, j’avais un ami cuisinier dans un nouveau restaurant Hype au centre de la ville. Il m’a dit qu’il pourrait me trouver un travail. Je suis arrivé le Mardi, le Samedi j’étais en masque-tuba en train de plonger. J’avais pour collègues 3 Ghanéens et un Dominicain. Ce dernier me racontait d’ailleurs qu’il était prof de plongée (la vraie plongée) en République Dominicaine et qu’il avait rencontré sa copine Allemande dans ce cadre… Bien sûr personne ne rêvait de plonger. Tous étaient entre deux projets, un peu dans la merde… J’ai passé des moments agréables dans cette cuisine, de 16h à 4h du matin, à écouter de la musique, boire des bières, frotter et m’entretenir sur la marche du monde. Problème, la plongée dans ce restaurant, c’était 5 jours par semaine ou rien. J’ai donc choisi rien. Je suis allé dans un restaurant où trois jours suffisaient. J’y ai découvert un nouveau type de plongeur: l’Européen jeune, diplômé, voyageur et / ou paumé.

La cuisine des restaurants est donc un endroit privilégié pour faire un peu de géographie. Je travaille dans un restaurant français à Berlin. Le chef de cuisine est polonais, les autres cuisiniers sont Allemands. J’ai vu défiler au service des Français Allemands Marocains Américains Israeliens Coréens Citoyens. A la plonge des Français en quête de destin Berlinois (beaucoup), des Nigérians, Camerounais, Tunisiens, Allemands. Quel travail fait-on quand on vient d’arriver dans un pays, qu’on n’ a pas de compétence technique particulière, voire qu’on ne parle pas la langue ? On enfile un masque, un tuba et on fait ce que personne ne veut faire… Chargé de plongée.

La dernière fois qu’un poste s’est libéré, le restaurant a posté une annonce sur internet pour trouver un nouveau chargé de plongée. A mon grand étonnement, le téléphone a sonné une vingtaine de fois le soir même. Avec 60 000 nouveaux arrivants l’année dernière à Berlin (principalement issus d’Europe latine), beaucoup de gens sont désormais prêts à faire ce que personne ne veut faire… Ceux qui ont un petit business l’ont bien compris.

N’oubliez pas quand vous mangez au restaurant que quelqu’un lave votre assiette, alors finissez vos plats!

Mes nouvelles aventures à Berlin

Me voici lancé dans de nouvelles pérégrinations mondialisées. J’essaye de m’installer à Berlin. Je représente la minorité invisible. Les immigrés Européens. Un de ceux qui affluent en masse en Allemagne pour y trouver une meilleure fortune que dans leur pays d’origine. D’Espagne, de Grèce ou d’Italie (pour les « réfugiés économiques »), d’Angleterre, des Etats-Unis ou d’Australie pour les « réfugiés artistiques », ceux qui se sentent incompris dans leur pays d’origines et cherchent une vie/ville moins matérielle, moins rationnelle, où ils pourraient exprimer leur potentiel créatif à leur juste valeur. Bien sûr, les frontières entres ces deux catégories sont moins clairement définies: beaucoup d’artistes Espagnols ou Italiens viennent à Berlin. Mais comment vivre de son art dans un pays où la crise impose une rigueur peu favorable à l’art ou la culture.

Il est intéressant de voir les petits changements/conflits que génèrent ces nouvelles arrivées. Nouvellement attractive (depuis une dizaine d’années tout de même), la ville de Berlin voit sa sociologie évoluer. Jadis détruite par la guerre puis découpée par le mur, la ville s’offre une seconde jeunesse. Les culs de sac et les périphéries d’antan se sont retrouvées au centre du Berlin réunifié, offrant aux spéculateurs de nombreuses friches. Du même coup, les quartiers jadis populaires, soudain très à la mode se sont trouvés pris d’assaut par une classe créative mondialisée.

 Qui sont ces gens créatifs?

Ils sont parfois les gagnants de la mondialisation, les nouveaux nomades, dont l’activité est souvent liée à internet, à la communication, au design, à l’art. Plutôt que la recherche d’un endroit « naturel » (zone périurbaine, jardin, clôture…) comme en rêvaient nos parents, ils recherchent un lieux orienté sur le monde, permettant de vivre le global à l’échelle locale. Un endroit qui participe à l’érosion des frontières nationales, culturelles, un endroit où les café Wifi, les restaurants du monde entier offrant des brunchs divers, variés et les galeries d’art permettent d’échapper aux contraintes du locale. Cette classe remplace peu à peu l’ancienne bourgeoisie. Elle évolue sur un marché immobilier global au cœur duquel Berlin côtoie Londres, Paris ou New York.

Ce qui est intéressant à Berlin, c’est que ce phénomène est récent. Les zones de frictions sont encore nombreuses. En plus d’offrir tous les avantages précédemment cités, la ville est très bon marché. Rien à voir avec Paris. Berlin est un peu à la captation des créatifs ce que la Chine est à la captation des industries manufacturière. Un Aimant. Un pôle. Le discount de l’attractif : où en Europe peut-on encore vivre en centre ville, boire plusieurs bières tous les soirs, participer à des spectacles de slam en Islandais, assister à des projections de courts métrages différents tous les soirs, voir du hockey sur glace, du foot, du basket, manger des kebabs, des currywurst, des pizzas, des vietnamiens très bons marché, dans des endroits différents tous les soirs, habiter dans une chambre de 20 mètres carrés, s’offrir le luxe de ne pas avoir de voiture, mais seulement un vieux vélo rouillé, et tout cela pour environ 700 euros par mois ?

C’est la GENTRIFICATION.

Mais les loyers augmentent, les bâtiment sont rénovés, la sociologie évolue. Les plus pauvres se retrouvent relégués en périphérie, les gens qui peuvent payer reste au centre. Rien de choquant pour un Parisien dont la ville a subit le même phénomène il y a des années. Nous sommes psychologiquement adaptés à cet état de fait. Mais ici certains (pas tous) considèrent cela comme une injustice. Pourquoi un Berlinois pure souche, qui a subit la ville lorsqu’elle était découpée, devrait aujourd’hui laisser sa place à un Australien (ou un Allemand, ce n’est pas un problème de nationalité) qui est prêt à payer le double pour avoir sa chambre? (la réponse est dans la question)

Souhaitons que les choses ne soient pas si évidentes. Le mois de Septembre a encore pu démontrer à ceux qui en doutaient la difficulté voire l’impossibilité de trouver un toit ici bas. Arrivés en Septembre, certains sont encore à l’auberge de jeunesse. Le site internet par lequel tout le monde passe pour chercher (WGgesucht) est surchargé de demandes. Poster une offre pour une chambre dans une collocation, c’est exposer sa boite mail (ou celle que l’on vient de créer) à l’assault de centaine de sans logis, dont le tri s’avérera long et fastidieux…