Questions identitaires

Nous sommes tous déracinés. Nous sommes enracinés à la « déracination »

Yohan Diniz, vainqueur aux deux drapeaux

Yohan Diniz

Le sport aide à comprendre la société. Au delà des matchs chiants, du manque de suspens dont il peut souffrir, le sport offre une grille de lecture. Il permet à celui qui reste dans son canap’ d’être confronté à certaines réalités avant les autres. Pourvu qu’il soit attentif, ces réalités arrivent brutes et ne sont pas déformées par un chef de casting ou un rédacteur en chef. Il faut suivre le sport et ses « à côtés » comme on suivrait une série. On peut se contenter de suivre le scénario. On peut aussi chercher à lire entre les lignes. Le sport, c’est comme « le petit prince » : tout le monde peut y trouver son compte.

Citoyens du mondes…

Il y a peu, j’étais tombé sur une vidéo du gardien franco-portugais de Lyon, Anthony Lopez. Lors du match amical de pré-saison Lyon / Benfica Lisbonne, il s’est retrouvé à entonner spontanément l’hymne portugais, puis la Marseillaise. Intéressant et révélateur. Celà m’a rappelé d’autres cas qui liaient sport et problématiques identitaires.

Il y avait eu, il y a quelques années, le cas d’Adnan Januzaj, jeune joueur talentueux, titulaire à Manchester United à 18 ans. Beaucoup de sélections nationales s’étaient alors ruées sur la pépite, afin qu’il joue sous leur bannière. Adnan est né en Belgique, de parents Albanais originaires du Kosovo. Il est arrivé à 15 ans en Angleterre, et compte tenu de ses origines plus lointaines, il était aussi potentiellement sélectionnable avec la Turquie et la Croatie. Au final, le jeune homme avait donc le choix entre pas moins de 7 sélections différentes.

On a vu aussi les frères Boateng, tous deux germano-ghanéens s’affronter lors de la Coupe du monde 2010, l’un ayant choisi de défendre les couleurs du Ghana, le pays du père, tandis que l’autre opta pour le pays où il a grandi.

Bien que n’étant pas positionnée sur Januzaj, la France n’est pas en reste. Les exemples s’accumulent, de joueurs bi-, voire tri- nationaux qui ont hésité ou hésitent encore sur les couleurs à défendre (Fekir, Imbula, Boufal…). Que ce soit Mary Pierce, Eunice Barber, Nicolas Karabatic, Robert Pires, ou Yohan Diniz, pour ceux qui me viennent en tête sans trop chercher, tous sont Français, mais pas que. On peut ajouter Antoine Griezmann, qui vit en Espagne depuis qu’il a 12 ans et qui fête ses buts sous le maillot bleu d’un « Vamos » qu’il crie à la face de tous les nationalistes.

… obligés de concourir sous une bannière

Le sport et les succès qu’il permet rend visible ces profils. Il met en avant une chose : les identités sont du plus en plus complexes. Ces faits confirment que la France est de plus en plus multiculturelle, diverse, peuplée de personnes aux identités mêlées. Un été passé à Berlin au milieu d’amis Français en couple avec des Allemandes, des Polonaises, des Hongroises, des Danoises et on se rend compte que c´est un phénomène d’ampleur européenne.

L’Europe se mixe, les cultures se diluent. On peut le déplorer, ou s’en féliciter. C’est un fait, ce n’est pas une opinion. Qui se plaindra qu’il y a des nuages au ciel ou de la terre sous nos pieds? Ils sont là. La complexification des identités est une lame de fond qu’il serait difficile et dangereux de vouloir stopper.

Dès lors, quid de l’identité nationale ? J’aime dire, pour ce qui est de mes choix quotidiens bénins, que choisir c’est renoncer. Mais dans ce cas, pourquoi vouloir renoncer à ce qui constitue une richesse. D’ailleurs, comment renoncer à quelque chose qui fait partie intégrante de nos êtres. Nous sommes tous des individus complexes, moitié colombe sombre, moitié corbeau décolorisé (dixit Medine) et si vous ne pensez pas l´être, nul doute que vos enfants le seront. C’est aux institutions de s’adapter. Je me demande souvent sous quelle banière concourait un enfant qui serait né en Espagne de mon union avec une Allemande. Pourtant, cela pourrait bien arriver.

Vers un Euro à 32… régions?

L´Euro à 24, tellement critiqué pour les aberrations qu´il a générées, devrait pour plus de cohérence revenir à 16 équipes ou passer à 32. La logique mercantile de l’UEFA devrait favoriser un passage à 32 équipes, pour la conquête de plus de marchés. Problème: seulement une cinquantaine de pays sont affiliés à l’organisation. Il n’y aurait donc quasiment plus d’eliminatoires.

En Juin dernier, j´était dans la fan zone, sur le Champ de Mars. Je parlais avec un Irlandais du nord en regardant un Eire-Belgique. Je lui ai demandé si, vus les conflits qui ont opposé son petit pays à l’Eire, il supportait la Belgique. Il m’a répondu qu’il supporterait toujours les équipes des îles britanniques face aux continentaux. Il a ajouté avec un sourire narquois que, finalement, lui avait 4 équipes à l’Euro. Le salaud!

Eu égard aux questions identitaires dont nous parlions précédemment, j’ai pensé qu’il était temps pour un Euro des villes et des régions! Nul besoin d´être Français pour se sentir Parisien, ou Allemand pour se sentir Berlinois. Lionel Messi jouerait pour la Catalogne, Ribéry pour la Bavière, la Scanie serait emmenée par Zlatan et gagnerait en finale contre la Provence Alpes Côte d´Azur emmenée par un Samir Nasri de gala. L´Euro se disputerait à 32 régions et les joueurs choisirait avec leur cœur la région pour laquelle ils voudraient jouer… Utopique, certes, mais le jour où on en sera là, on ne sera pas loin de l’Europe des régions comme entité fédérale. Alors, on se rappellera de la dichotomie sport / société.

Article Sofoot sur les régions footballistiques : http://www.sofoot.com/nos-regions-ont-du-talent-provence-alpes-cote-d-azur-223086.html

PS

Les éléments et expériences culturelles qui influencent un être humain au cours de son développement influenceront positivement sa créativité. Cela aboutira à de nouvelles connections et combinaisons culturelles. Pour cela, il faut veiller à ce que les cultures restent distinctent les une des autres et que la mondialisation n´ai pas pour consequence la création d’une seule et unique culture globale.

Suis-je un déraciné?

 

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Bonjour, Urbaniste de formation, je travaille dans la gastronomie depuis quelques années. Ce changement de direction professionnelle m'a permis de voyager, de vivre à l'étranger, d'apprendre de nouvelles langues, bref de m'enrichir... Dans ce blog, j'essaye de retranscrire certaines de mes aventures de façon originale. J'aime analyser la mondialisation
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