Foot ou société : qui a le droit au succès?

Resultado de imagen de photo marrante foot

La plus prestigieuse compétition du football de club européen, la ligue des champions, a commencé mardi. Ce sera l’avant dernière édition de la compétition avec cette formule. Dès 2018, une nouvelle formule sera mise en place. Elle fera encore davantage la part belle aux grosses écuries. « Ce n’est pas une révolution, juste une simple évolution » se défend l’UEFA, devant les plaintes des « petits clubs » voyant leurs rêves d’y participer s’éloigner encore un peu plus.

La nouvelle formule a été dévoilée le 24 Août. Quelques jours après, le 31 août, paraissait une étude sur le blog de l’économiste Thomas Piketty titrée « le gouvernement souhaite-t-il vraiment la mixité sociale?« . Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien entre ces deux nouvelles et de me poser une question peut-être naïve dans le monde du risque zéro : en foot comme dans la société, souhaite-t-on encore offrir à tous des chances de succès sinon égales, au moins équitables ?

L’importance, c’est de palper… euh, de participer ! disait l’autre

« À partir de 2018 les clubs modestes auront autant de chances d’y participer qu’un vendeur de rose en survet’ a de chances de rentrer au Baron… » John, videur de la célèbre boîte parisienne.

Pour les non-initiés, soyons simples et pédagogues. La réforme de la ligue des champions n’a aucune conséquence sur le format de la compétition. Seul l’accès à la compétition évolue. Il est rendu plus direct pour les ressortissants des quatre plus gros championnats (dans l’ordre ceux d’Espagne, d’Angleterre, d’Allemagne et d’Italie). Pour les championnats moyens, ça ne change pas grand chose. En revanche l’accès déjà compliqué à la compétition en général

se complique encore davantage pour les ressortissants des petites ligues. Cette année, sur les 32 équipes qui constituent le plateau, 22 étaient qualifiées directement et 10 l’étaient après des matchs de barrage. À partir de 2018, sur les 32 équipes, seules 6 le seront au travers des barrages.

L’objectif annoncé est de multiplier les affiches, de générer plus de revenus sous forme de droits télé et surtout de partager un gâteau, certes plus gros, avec moins d’invités. On fige les positions ! Les revenus seront plus sûrs et plus lisibles pour les cadors. L’institution « ligue des champions » se sentait par ailleurs menacée de déclassement au vue des revenus générés par les championnats nationaux (la première league surtout). Elle sentait aussi venir le spectre de la concurrence d’une ligue fermée, type NBA, qui rapporterait aux clubs y participant revenus fixes, sécurisés, et visibilité mondiale.

De moins en moins de mixité…

Il y a un lien entre l’étude de Thomas Piketty et la célèbre compétition de football. L’économiste met en avant, cartes et documents à l’appui, le fait qu’il y a de moins en moins de mixité sociale dans les établissements scolaires parisiens (il s’agit des collèges dans ce cas). L’étude se borne au cas de Paris. On peut néanmoins penser, constater, que le phénomène est plus global. Il y a 16% d´élèves défavorisés à Paris. Néanmoins, leur répartition dans les établissements est très inégale. Les établissements privés sont surreprésentés parmi ceux qui accueillent le moins d’élèves défavorisés.

« On observe un niveau absolument extrême de ségrégation sociale. Dans les collèges socialement les plus huppés, il n’existe quasiment aucun élève défavorisé (moins de 1 %). A l’autre extrême, certains collèges comptent plus de 60 % d’élèves défavorisés. Il est à noter que l’on obtiendrait des résultats tout aussi extrêmes si l’on complétait l’analyse avec autres indicateurs permettant de définir les élèves défavorisés, comme le revenu parental ou la nationalité d’origine des parents. »

La mixité régresse au profit d’un entresoi social qui, tout le monde pourra le comprendre, n’est pas forcément compatible avec le projet d’égalité des chances ; un projet figurant, plus que dans notre constitution, dans notre devise. Seulement, notre devise comporte aussi le mot liberté : la liberté de scolariser son enfant où on le souhaite, en jouant avec les règles s´il le faut. La liberté aussi pour les collèges privés de choisir leurs futurs élèves.

Comme en foot, la diminution de la mixité sociale fige les positions.

Les réactions sont mitigées. Doit-on laisser faire, s’en foutre, ou doit-on intervenir ? Dans des contextes peu ou pas régulés, la liberté nuit très vite à l’égalité. Pour certains, il serait insupportable de toucher à la sacro sainte liberté, une valeur bien supérieure à l’égalité. D’autres ne comprennent pas qu’au travers de processus pourtant démocratiques, les 95% des gens « normaux » passent leur temps à rendre les choses plus simples pour les 5% les plus riches, en espérant un jour en faire parti. Ils ne se rendent pas compte que, ce faisant, ils diminuent d´autant leur chance d’y parvenir.

Des processus d’accumulation généralisés à tous les domaines

Pourtant dans le monde du 21eme siècle, rien ne semble aussi développé que la pléonnexie de certains. Le monde du sport est affecté par la montée en puissance de quelques groupes qui accumulent les richesses et font tout pour qu’elles augmentent. Les ex-start-up sont devenues des mastodontes qui rachètent tout ce qui menace de leur faire de l’ombre. Elles fusionnent, grossissent, jusqu’à se retrouver en situation de monopôle.

En foot, comme en économie, nous ne sommes plus à l’air du romantisme. Nous sommes passés à l’air de la sécurité. Tout paraît figé. Au fond, qui veut voir un Steaua Bucarest – Dynamo Zagreb? Qui se préoccupe de la disparition de nos écrans de ces « petits clubs »? Les gens de Bucarest, de Zagreb, de Glasgow ou de Varsovie ? De toute façon ils sont nuls. Mais comment pourraient-ils s’améliorer s’il ne sont plus confrontés au haut niveau, si, faute de moyens, leurs meilleurs joueurs fuient vers des clubs plus prestigieux ? Comment un enfant peut se développer s’il n’est pas confronté à l’altérité ?

C’est comme ça que la vie devient chiante, prévisible et sans surprise. Bientôt, plus personne ne se souviendra qu’il fût un temps, la finale de la coupe c’était Monaco – Porto, nos moteurs de recherche s’appelaient Lycos, Caramail ou Voilà, on n’achetait pas nos vêtement chez H&M, encore moins à Zalando (tant que ça n’appartient pas à Amazone). Il fût un temps où la France comptait 200 000 bistrots et on pouvait même fumer à l’intérieur, il y avait des boucheries et même des quincailleries. Ce n’était pas mieux avant, mais c’était différent.

Un jour nous dirons, il fût un temps où nous n’étions pas des robots. Je mélange tout, j’arrête…

 

 

 

Guardar

The following two tabs change content below.
Enguialle
Bonjour, Urbaniste de formation, je travaille dans la gastronomie depuis quelques années. Ce changement de direction professionnelle m'a permis de voyager, de vivre à l'étranger, d'apprendre de nouvelles langues, bref de m'enrichir... Dans ce blog, j'essaye de retranscrire certaines de mes aventures de façon originale. J'aime analyser la mondialisation
Enguialle

Derniers articles parEnguialle (voir tous)

2 réflexions au sujet de « Foot ou société : qui a le droit au succès? »

    • Certes. Ça n’est pas très grave. Mais ce que l’on voit dans le foot devient souvent une règle pour la société. Ainsi, comme la ligue des champions, l’université sera aussi bientôt une ligue fermée. La réussite sera réservée à une ligue fermée. Ça c’est triste. Il faut en être conscient pour agir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *